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Le cardinal Zen résiste au Pape

 
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Joseph


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Inscrit le: 16 Oct 2017
Messages: 124

MessagePosté le: Mar 30 Jan - 15:43 (2018)    Sujet du message: Le cardinal Zen résiste au Pape Répondre en citant

Un site italien (sandro magister) publie l'intégralité d'une lettre du cardinal Zen.

http://www.diakonos.be/settimo-cielo/risque-de-schisme-en-chine-le-cardinal…
Citation:

La lettre ouverte que nous reproduisons intégralement ci-dessous a été publiée aujourd’hui, lundi 29 janvier, par le cardinal Joseph Zen Ze-Kiun, évêque émérite de Hong Kong sur son blog avant d’être relayée par l’agence Asia News de l’Institut pontifical pour les missions étrangères.

Dans cette lettre, le cardinal révèle l’essentiel du contenu de l’un de ses colloques avec le Pape François auquel il a fait part de ses graves inquiétudes concernant les démarches récemment effectués en Chine par les représentants du Vatican.

Ces démarches ont consisté à demander à deux évêques « souterrains » et reconnus par le Saint-Siège, ceux de Shantou et de Mindong, de laisser leur place à deux évêques nommés par le gouvernement, tous deux illégitimes, le premier étant même publiquement excommunié.

Pour plus de détails sur ces événements :

> Il Vaticano domanda ai vescovi legittimi di farsi da parte per lasciare spazio a quelli illegittimi

Le cardinal Zen révèle à présent que le Pape François lui a répondu avoir donné l’ordre de “ne pas créer un autre cas Mindszenty”, faisant allusion à l’héroïque cardinal primat de Hongrie qui en 1971, fut obligé par les autorités vaticanes de quitter son pays, fut démis de sa charge en 1973 et remplacé en 1975 par un nouveau primat agréé par le régime communiste.

Mais laissons la parole au cardinal.

*

Citation:
Cher amis des médias,

Depuis qu’Asia News a révélé certains événements récents de l’Eglise en Chine concernant des évêques légitimes auxquels le « Saint-Siège » aurait demandé de démissionner pour laisser leur place à des « évêques » illégitimes et même excommuniés de façon explicite, différentes versions et interprétations des faits créent la confusion entre les gens. Nombre d’entre eux, au courant de mon récent voyage à Rome, m’ont demandé certains éclaircissements.

En octobre dernier, quand Mgr Zhuang a reçu sa première communication du Saint-Siège et a demandé mon aide, j’ai envoyé quelqu’un porter sa lettre au Préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, avec une copie pour le Saint-Père. Je ne sais pas si cette copie incluse est un jour arrivée sur le bureau du Saint-Père. Heureusement, Mgr Savio Hon Taifai était encore à Rome et a pu rencontrer le Pape pour une visite d’au-revoir. A cette occasion, il a porté à l a connaissance du Saint-Père les deux cas de Shantou et de Mindong. Le Saint-Père était surpris et a promis qu’il étudierait la question.

À cause de ce que le Saint-Père avait dit à Mgr Savio Hon, les nouveaux événements qui se sont déroulés en décembres ont été encore plus choquants et surprenants pour moi. Lorsque Mgr Zhuang, âgé et affligé, m’a demandé de transmettre au Saint-Père la réponse au message qu’il avait reçu de la « délégation vaticane » à Pékin, je n’ai pas pu lui dire non. Mais que pouvais-je faire pour être certain que sa lettre parvienne au Saint-Père alors je n’étais même pas certain que mes propres lettres lui parvenaient ?

Pour m’assurer que notre voix parvienne au Saint-Père, j’ai immédiatement pris la décision de me rendre à Rome. J’ai quitté Hong Kong la nuit du 9 janvier, arrivant à Rome tôt dans la matinée du 10 janvier, juste à temps – enfin à vrai dire un peu en retard – pour participer à l’audience générale du mercredi. À la fin de l’audience, nous cardinaux et évêques sommes reçus pour le « base-main » et j’ai eu la possibilité de mettre dans les mains du Saint-Père l’enveloppe, lui disant que j’étais venu à Rome dans le seul but de lui apporter la lettre de Mgr Zhuang, en espérant qu’il trouve le temps de la lire (dans l’enveloppe, se trouvait la lettre originale de l’évêque en chinois, ma traduction en italien et une lettre de ma part).

Pour des raisons évidentes, j’espérais que ma présence à l’audience ne soit pas remarquée mais mon arrivée tardive dans la salle avait été remarquée. Dans tous les cas, maintenant tout le monde peut voir cette scène sur le chaîne de télévision vaticane (à propos, l’audience se tenait dans la salle Paul VI et non place Saint-Pierre et j’étais en retard pour entrer dans la salle mais je n’ai pas « attendu dans la file, dans le froid » comme l’ont prétendu certains articles de façon erronée).

À Rome, j’ai rencontré le P. Bernardo Cervellera d’Asia News. Nous nous sommes échangé des informations mais je lui ai dit de ne rien écrire. Et il était d’accord. Maintenant que quelqu’un d’autre a diffusé l’information, je peux donner mon accord et je la confirme. Oui, pour autant que je sache, les choses se sont bien passées comme Asia News les rapporte (l’article d’Asia News « croit » que l’évêque qui dirigeait la délégation vaticane en Chine était Mgr Celli. Je ne sais pas quel était son rôle officiel mais il est presque certain que c’était bien lui qui était à Pékin).

En ce moment crucial et à cause de la confusion qui règne dans les médias, connaissant directement la situation de Shantou et indirectement celle de Mindong, je me sens le devoir de partager ma connaissance des faits, afin que les personnes sincèrement préoccupées pour le bien de l’Eglise puissent connaître la vérité à laquelle ils ont droit. Je suis parfaitement conscient qu’en agissant de la sorte, j’évoque des choses qui sont techniquement qualifiées de « confidentielles ». Mais ma conscience me dicte que, dans ce cas, le « droit à la vérité » doit prendre le pas sur tout « devoir de confidentialité ».

Fort de cette conviction, je m’apprête à partager ce qui suit avec vous.

L’après-midi de cette journée, le 10 janvier, j’ai reçu un appel de Sainte-Marthe, dans lequel on me disait que le Saint-Père me recevrait en audience privée le soir du vendredi 12 janvier (même si le bulletin du Vatican mentionne le 14 janvier). C’était le dernier jour de mes 85 années de vie, un grand don du ciel ! (Remarquez également que c’était la veille du départ du Saint-Père pour le Chili et le Pérou et que donc le Saint-Père devait être très occupé).

Ce soir-là, la conversation a duré environ une demi-heure. J’étais assez désordonné dans la façon de m’exprimer mais je pense avoir atteint l’objectif de faire part au Saint-Père des préoccupations de ses enfants fidèles en Chine.

La question la plus importante que j’ai posée au Saint-Père (qui figurait également dans la lettre) était de savoir s’il avait eu le temps « d’étudier la question » (comme il l’avait promis à Mgr Savion Hon). Au risque d’être accusé de briser la confidentialité, j’ai décidé de vous dire ce que Sa Sainteté m’a dit : « Oui, je leur ai dit [à ses collaborateurs du Saint-Siège] de ne pas créer un autre cas Mindszenty » ! J’étais là en présence du Saint-Père, en tant que représentant de mes frères chinois dans la souffrance. Ses mots devraient être bien compris comme une consolation et un encouragement pour eux plus que pour moi.

Cette référence historique au card. József Mindszenty, l’un des héros de notre foi, a été très significatif et approprié de la part du Saint-Père. (Le card. József Mindszenty était l’archevêque de Budapest, cardinal primat de Hongrie sous la persécution communiste. Il a beaucoup souffert pendant plusieurs années en prison. Pendant la brève vie de la révolution de 1956, il fut libéré par les insurgés et, avant que l’Armée rouge ne détruise la révolution, il se réfugia dans l’ambassade américaine. Sous la pression du gouvernement, le Saint-Siège lui ordonna de quitter le pays et nomma un successeur agréé par le gouvernement communiste).

J’espère, par cette révélation, avoir satisfait le légitime « droit de savoir » des médias et de mes frères en Chine. Le plus important pour nous est de prier pour le Saint-Père en chantant le très à propos hymne traditionnel « Oremus » : « Oremus pro Pontifice nostro Francisco, Dominus conservet eum et vivificet eum et beatum faciat eum in terra et non tradat eum in animam inimicorum eius ».

Quelques précisions supplémentaires sont peut-être nécessaires :

Je fais remarquer que le problème n’est pas la démission des évêques légitimes mais la demande de laisser leur place aux évêques illégitimes et excommuniés. Même si la loi sur la démission pour avoir atteint la limite d’âge n’a jamais été appliquée en Chine, de nombreux évêques souterrains âgés ont demandé avec insistance qu’on leur nomme un successeur sans jamais recevoir aucune réponse du Saint-Siège. D’autres, qui ont déjà un successeur désigné, et peut-être même la bulle signée par le Saint-Père, ont reçu l’ordre de ne pas procéder à l’ordination par peur d’offenser le gouvernement.
J’ai surtout parlé des deux cas de Shantou et de Mindong. Je n’ai pas d’autres informations, mis à part la copie d’une lettre écrite par une dame catholique exceptionnelle, un professeur à la retraite, très impliquée dans les affaires de l’Eglise en Chine, dans laquelle elle met en garde Mgr Celli de ne pas faire pression pour légitimer l’ « évêque » Lei Shiying au Sichuan.
Je reconnais être pessimiste à propos de la situation actuelle de l’Eglise en Chine mais mon pessimisme est basé sur ma longue et directe expérience de l’Eglise en Chine. De 1989 à 1996, j’ai passé six mois par an à enseigner dans les différents séminaires de la communauté catholique officielle. Et j’ai fait directement l’expérience de l’esclavage et de l’humiliation à laquelle nos frères évêques sont soumis. Sur base des informations récentes, il n’y a aucune raison de changer cette vision pessimiste. Le gouvernement communiste est en train de promulguer de nouvelles lois de plus en plus dures qui limitent la liberté religieuse. Ils sont actuellement en train de mettre en œuvre des lois qui n’existaient jusqu’à présent que sur papier (depuis le 1 février 2018, le rassemblement d’une communauté souterraine pour la messe ne sera plus toléré).
Certains prétendent que tous les efforts pour parvenir à un accord [entre la Chine et le Saint-Siège] visent à éviter un schisme ecclésial. C’est ridicule ! Le schisme est déjà là, dans l’Eglise indépendante. Les papes ont évité d’employer le mot « schisme » parce qu’ils savaient que de nombreux membres de la communauté catholique officielle étaient là non par leur propre volonté mais contraints par des pressions très fortes. L’ « unification » proposée forcera donc tout le monde [à entrer] dans cette communauté. Le Vatican donnerait donc sa bénédiction à une nouvelle Eglise schismatique encore plus forte, tout en lavant la mauvaise conscience des renégats qui l’avaient volontairement rejointe et de tous ceux qui sont prêts à les suivre.
N’est-il pas bon de chercher à trouver un terrain d’entente pour refermer la division entre le Vatican et la Chine qui dure depuis des décennies ? Mais est-il possible d’avoir quelque chose « en commun » avec un régime totalitaire ? Soit tu te rends, soit tu acceptes la persécution mais tu restes fidèle à toi-même. Pourrait-on imaginer un accord entre Saint Joseph et le Roi Hérode ?
Est-ce que je pense que le Vatican est en train de vendre l’Eglise catholique en Chine ? Oui, tout à fait, si ils persistent dans la direction qui est évidente dans tout ce qu’ils ont fait ces derniers mois et au cours des dernières années.
Certains experts de l’Eglise catholique en Chine disent qu’il n’est pas logique de supposer une politique religieuse plus contraignante de la part de Xin Jinping. Dans tous les cas, ici il n’est pas question de logique mais de la dure et cruelle réalité.
Suis-je moi-même le plus grand obstacle au processus d’accord entre le Vatican et la Chine ? Si cet accord est mauvais, je suis plus que ravi d’être un obstacle.

Hong Kong, le 29 janvier 2018


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MessagePosté le: Mar 30 Jan - 15:43 (2018)    Sujet du message: Publicité

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Gillou47


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MessagePosté le: Sam 3 Fév - 13:17 (2018)    Sujet du message: Le cardinal Zen résiste au Pape Répondre en citant

voir comment la chose est présentée par le Saint-Siège :
http://www.vaticannews.va/fr/vatican/news/2018-01/avec-la-chine--le-saint-siege-demande-du-temps-et-de-la-patience.html


et voir comment l'esprit conciliaire y est puissant :
Le Secrétaire d’État rappelle cette notion essentielle : «La communion entre l’évêque de Rome et tous les évêques touche le cœur de l’unité de l’Église : ce n’est pas une question privée entre le Pape et les évêques chinois ni entre le Siège apostolique et les autorités civiles». La finalité du dialogue en cours est donc la communion : «En Chine, il n’existe pas deux Églises, mais deux communautés de fidèles appelés à accomplir un chemin graduel de réconciliation vers l’unité». L’enjeu est donc de trouver «des solutions pastorales réalistes qui permettent aux catholiques de vivre leur foi et de progresser ensemble pour l’œuvre d’évangélisation dans le contexte chinois spécifique».


On peut aussi imaginer une transposition du même propos aux fidèles traditionnels (car c'est certainement ainsi que pense la Rome néo-moderniste) :
- La communion entre l’évêque de Rome et tous les évêques touche le cœur de l’unité de l’Église : ce n’est pas une question privée entre le Pape et les évêques de la FSSPX
- il n’existe pas deux Églises, mais deux communautés de fidèles [tradis  + modernistes] appelés à accomplir un chemin graduel de réconciliation vers l’unité
- trouver des solutions pastorales réalistes qui permettent aux catholiques de vivre leur foi et de progresser ensemble pour l’œuvre d’évangélisation dans le monde contemporain



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Gillou47


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MessagePosté le: Lun 24 Sep - 21:36 (2018)    Sujet du message: Le cardinal Zen résiste au Pape Répondre en citant

Une analyse intéressante par un politologue (quoiqu'il soit assez bergoglien par d'autres aspects, il note que François Zéro ne tire pas la leçon des échecs du passé face aux tyrannies communistes) :
http://www.slate.fr/story/157912/diplomatie-vatican-pape-francois-accord-ch…


La stratégie chinoise du pape François est anachronique

George Weigel — Traduit par Bérengère Viennot — 26 février 2018 à 8h20 — mis à jour le 26 février 2018 à 9h47
La diplomatie du Vatican avec la Chine et d'autres gouvernements autoritaires est basée sur des fantasmes de puissance datés de plus d'un siècle.

Temps de lecture: 9 min


Ces dernières semaines, de nombreux observateurs sont restés perplexes, voire profondément troublés, devant la perspective d’un accord sur le point d’être conclu entre le Vatican et la République populaire de Chine.
 
Cet accord concèderait un rôle considérable au régime communiste chinois dans la nomination d’évêques catholiques en Chine et s’inscrirait dans une démarche visant à rétablir des relations diplomatiques pleines et entières entre Pékin et le Saint-Siège. La possibilité d’un tel accord soulève bon nombre de questions.
 
Poursuite obstinée de relations avec la Chine
 
Pourquoi le Vatican se fierait-il à un quelconque accord cosigné par une puissance autoritaire, compte tenu de ses précédentes expériences malheureuses avec l’Italie de Mussolini et le Troisième Reich de Hitler, qui ont tous les deux systématiquement violé les concordats qu’ils avaient conclus avec le Saint-Siège?
 
Pourquoi les diplomates du Vatican (et peut-être même le pape François lui-même) ont-ils choisi d’ignorer les avertissements venus de l’intérieur de la Chine et du cardinal Joseph Zen, ancien évêque de Hong Kong, sur l’impact négatif d’un accord de ce type sur les catholiques chinois restés loyaux à Rome plutôt qu’à l’Association catholique patriotique parrainée par le régime?
 
Pourquoi l’Église violerait-elle son propre droit canonique (selon lequel «aucun droit ou privilège d’élection, de nomination, de présentation ou de désignation d’évêque n’est accordé aux autorités civiles») dans le cadre de démarches pour établir des échanges diplomatiques officiels avec un régime qui viole les droits humains de façon quotidienne, et souvent en faisant preuve d’une grande cruauté?
 
Qu’est-ce qui peut bien motiver, depuis quarante ans, la poursuite obstinée par les diplomates du Vatican de relations diplomatiques entre le Saint-Siège et la Chine?
 
Pour répondre à ces questions, il est nécessaire de faire trois bonds en arrière: d’abord en 1870, puis en 1929 et enfin en 1962.
 
Puissance européenne secondaire
 
En 1870, lorsque les forces du Risorgimento s’emparent de Rome et en font la capitale de l’Italie unifiée, les derniers vestiges des anciens États pontificaux (qui englobaient autrefois toute l’Italie centrale) disparaissent; le pape Pie IX se retire derrière les murs de la Cité léonine, où il se décrit lui-même comme «le prisonnier du Vatican».
 
Le Saint-Siège, que le droit international et les pratiques diplomatiques coutumières reconnaissent depuis longtemps comme étant l’incarnation juridique du rôle de pasteur universel de l’Église catholique tenu par le pape, continue d’envoyer et de recevoir des ambassadeurs, alors même qu’il est dépourvu de territoires sur lesquels exercer une souveraineté internationalement reconnue.
 
Les quatre successeurs de Pie IX n’en essaieront pas moins de passer un accord avec le nouvel État italien, afin de garantir l’indépendance du pape vis-à-vis de toutes les puissances terrestres. Cet objectif sera atteint par Pie XI lors des accords du Latran de 1929, qui créent la cité-État indépendante du Vatican sur une superficie de quarante-quatre hectares autour de la basilique Saint-Pierre.
 
Mais si les accords du Latran garantissent la liberté du pape de conduire son propre ministère sans interférence d’un autre souverain, la réduction du territoire du pape au micro-État du Vatican souligne qu’à l’avenir, la diplomatie du Saint-Siège devra se replier sur l’exercice de l’autorité morale du pape et non sur les instruments tangibles habituels de la puissance d’État.
 
Le service diplomatique du Vatican, largement italien, n’a pourtant jamais appréhendé pleinement les implications des accords du Latran. Il semblerait même que ces professionnels de la politique extérieure aient continué à penser que le nouveau Saint-Siège/Vatican était un genre de réincarnation des anciens Saint-Siège/États pontificaux –c’est-à-dire une puissance européenne secondaire.
 
À mesure que l’Italie elle-même perdait de son influence dans le cadre de la politique mondiale, il devenait naturel pour les diplomates papaux italiens de chercher à obtenir pour «Rome» un rôle plus important sur la scène internationale, tirant parti du système au même titre que les autres puissances secondaires.
 
«Modus non moriendi» à l'Est
 
Puis vint octobre 1962. Il n’a pas été suffisamment souligné que l’ouverture du concile Vatican II –cette assemblée de quatre années de tous les évêques catholiques du monde, devenu l’événement le plus important de l’histoire catholique depuis la Réforme et qui jeta les bases du rôle actuel de promoteur et défenseur institutionnel majeur des droits humains de l’Église catholique—coïncida exactement avec la crise des missiles de Cuba.
 
Le pape Jean XXIII et le corps diplomatique du Vatican furent suffisamment secoués par la possibilité d’une guerre atomique susceptible de tuer Vatican II dans l’œuf pour deviser une profonde réorientation de la diplomatie du Vatican vers le monde communiste européen. Cette démarche prit le nom d’Ostpolitik vaticane, dont le principal agent fut l’archevêque Agostino Casaroli, diplomate de carrière au Vatican.
 
L’Ostpolitik de Casaroli, déployée sous le pontificat du pape Paul VI (1963-1978), visait à trouver un modus non moriendi, un «moyen de ne pas mourir» –comme le disait souvent Casaroli– pour l’Église catholique derrière le rideau de fer.
 
Afin de nommer des évêques, qui pouvaient ordonner des prêtres et ainsi maintenir la vie sacramentelle et spirituelle de l’Église sous des régimes athées, le Vatican mit fin au discours anti-communiste qui avait caractérisé sa diplomatie publique dans les années 1950. Il rappela également les hauts fonctionnaires de l’Église qui refusaient la moindre concession aux gouvernements communistes (comme le cardinal Jozsef Mindszenty en Hongrie et le cardinal Josef Beran en Tchécoslovaquie), découragea les dirigeants catholiques en exil comme le cardinal ukrainien Josyf Slipyj de jouer des rôles publics, pressa le clergé catholique et les laïcs clandestins de cesser leur résistance à leurs régimes communistes locaux et chercha diligemment différentes formes d’accords avec des gouvernements communistes.
 
Une des hypothèses qui alimentait cette remarquable volte-face était que son discours anti-communiste sans ambages d'autrefois était au moins en partie responsable de la persécution de l’Église par les régimes communistes; le Vatican pensait que s'il se montrait plus accommodant (le mot-clé était «dialogue»), une telle démonstration de clémence deviendrait mutuelle.
 
À LIRE AUSSI Sur Cuba, avant le pape François, Jean-Paul II avait ouvert la voie
 
Échec de l'«Ostpolitik»
 
Cela n’a pas été le cas. En toute objectivité, l’Ostpolitik de Casaroli fut un échec –et dans certains cas, une catastrophe.
 
À Rome, elle conduisit à une profonde infiltration du Vatican par les services de renseignement du bloc de l’Est, une débâcle de contre-espionnage (aujourd’hui pleinement documentée par des sources originales) qui plaça les diplomates de l’Église dans une position de faiblesse encore plus accentuée lors des négociations avec leurs homologues communistes, bien souvent au courant de la stratégie du Vatican grâce au travail de taupes et d’informateurs bien placés au sein de la curie romaine.
 
Dans les pays destinés à être les bénéficiaires putatifs de l’Ostpolitik, la diplomatie de la navette de Casaroli ne déboucha sur aucune amélioration conséquente; en réalité, elle provoqua même plus de mal que de bien.
 
La hiérarchie catholique hongroise se transforma en une annexe de l’État hongrois, donc du parti communiste hongrois. La répression ne fit que s’aggraver dans ce qui était alors la Tchécoslovaquie, où de fausses organisations catholiques acquises au régime accédaient à la reconnaissance publique tandis que certains évêques et prêtres travaillaient comme concierges, laveurs de carreaux et réparateurs d’ascenseurs et conduisaient des offices clandestins la nuit venue.
 
L’Ostpolitik n’améliora en rien le sort des catholiques d’Union Soviétique: l’Église grecque-catholique ukrainienne demeura la plus grande communauté religieuse illégale du monde et les chefs de la résistance lituanienne catholique se retrouvèrent réduits aux travaux forcés dans les goulags.
 
L’Ostpolitik n’eut pas d’effet vraiment sérieux en Pologne, où un habile primat, le cardinal Stefan Wyszynski, et le charismatique archevêque de Cracovie, le cardinal Karol Wojtyla, adressaient des courbettes polies aux diplomates du Vatican en visite tout en continuant à tenir tête aux autorités communistes polonaises au moyen de vigoureuses manifestations publiques, lorsqu’ils estimaient qu'elles étaient nécessaires à la préservation de l’espace de liberté défendu avec opiniâtreté par l’Église au sein d’un État communiste. Cette stratégie renforça à son tour la communauté catholique nationale la plus vigoureuse dans la sphère communiste, alors que l’Ostpolitik vaticane affaiblissait les Églises locales dans d’autres pays du pacte de Varsovie.
 
Stratégie à double face de Jean-Paul II
 
Lorsque Wojtyla fut élu pape en 1978 sous le nom de Jean-Paul II, l’Ostpolitik de Casaroli fut discrètement enterrée –mais Jean-Paul II, qui était malin, nomma Casaroli secrétaire d’État, créant ainsi une sorte de stratégie gentil flic-méchant flic.
 
Casaroli allait perpétuer sa politique de la navette en Europe centrale et de l’Est, mais Jean-Paul II avait compris que cela lui fournirait une couverture utile pendant que lui, le mégaphone de la papauté aux lèvres, condamnerait hardiment les violations des droits humains par les communistes lors de ses pèlerinages dans le monde entier, et notamment lors de sa première visite papale en Pologne en juin 1979 puis en octobre de la même année, depuis la tribune de l’Assemblée générale des Nations Unies.
 
Cette stratégie à double face joua un rôle décisif dans le déclenchement de la révolution de conscience qui imprima sa forme aux révolutions de 1989 et dans la libération de l’Europe centrale et de l’Est du communisme, par elle-même.
 
Pourtant, les leçons qui auraient dû être tirées de tout cela –que l’Ostpolitik était un échec parce que la tactique d’apaisement des régimes communistes ou d’autres régimes autoritaires ne fonctionne jamais, et que la seule réelle autorité dont disposent le Saint-Siège et le pape dans la politique mondiale aujourd’hui est une autorité morale– sont restées lettre morte pour les héritiers d’Agostino Casaroli, dont la plupart sont des personnages influents de la diplomatie vaticane actuelle.
 
À l’Académie pontificale ecclésiastique de Rome, l’Ostpolitik est toujours présentée aux futurs diplomates du Vatican comme un modèle de succès, et à aucun niveau du secrétariat d’État du Vatican n’y a-t-il eu la moindre reconnaissance intellectuelle de la démonstration des échecs de la diplomatie de Casaroli.
 
En mars 2013, l’élection du cardinal Jorge Mario Bergoglio de Buenos Aires sous le nom de Pape François n’a pas changé la mentalité «Casarolienne» qui domine la diplomatie vaticane; ce serait même plutôt l’inverse.

 
Retour de l'approche conciliante à la Casaroli
 
Bergoglio a apporté à la papauté un passé de résistance, dans son Argentine natale, au régime autoritaire de Kirchner, à qui il avait tenu tête sur plusieurs sujets. Mais il n’avait aucune expérience de politique internationale et dès le début de son pontificat, François a clairement établi que le «dialogue» –qui est peut-être son mot préféré lorsqu’il évoque les affaires internationales– est possible avec des gens comme Vladimir Poutine, Bachar al-Assad, Nicolás Maduro et Raúl Castro.
 
Par conséquent, sous le pontificat de François, l’approche conciliante à la Casaroli de la diplomatie vaticane a fait son grand retour, tandis que les réussites de Jean-Paul II, issues d’un leadership moral charismatique et qui ont contribué à changer le monde, semblent quasiment ignorées par les plus hauts fonctionnaires de l’Église.
 
L’une des conséquences de ce retour est la nouvelle démarche avec la Chine, considérée par les plus éminents diplomates du Vatican comme une puissance mondiale émergente avec qui ils se doivent d’être «acteurs».
 
Jean-Paul II et son successeur, Benoît XVI, auraient pu obtenir l’accord proposé aujourd’hui par Pékin, ou quelque chose de très semblable. Les deux ont refusé, parce qu’ils savaient que cela ne constituerait en rien un pas vers une plus grande liberté pour l’Église catholique en Chine, mais plutôt vers un plus grand asservissement des catholiques au régime communiste chinois, une trahison des catholiques persécutés sur tout le territoire de la République populaire de Chine et un obstacle à une future démarche d’évangélisation en Chine.
 
Les deux ont peut-être aussi considéré l’idée que tout échange diplomatique formel du Vatican avec Pékin nécessiterait de mettre un terme aux relations diplomatiques avec Taiwan, la première démocratie chinoise de l’histoire –ce qui enverrait un mauvais signal au reste du monde en termes d’engagement du Vatican dans la doctrine sociale du catholicisme.
 
Aujourd’hui, la diplomatie du Vatican repose sur des fondations branlantes et précaires, et sur des fantasmes italianisants selon lesquels le Saint-Siège du XXIe siècle peut administrer ses relations internationales comme si nous étions en 1815 –lorsque le cardinal Ercole Consalvi, chef de la diplomatie du pape Pie VII, était un acteur éminent du Congrès de Vienne.
 
Ces fondations branlantes et ce fantasme ne sont pas la recette du succès diplomatique mais plutôt celle d’un échec à la fois diplomatique et ecclésiastique, qui sera le probable résultat de l’accord dont il est question en ce moment entre le Vatican et la Chine.
 
 
 
 


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Gillou47


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Inscrit le: 09 Jan 2017
Messages: 422

MessagePosté le: Lun 24 Sep - 21:41 (2018)    Sujet du message: Le cardinal Zen résiste au Pape Répondre en citant

Pour noter l'événement :

http://eglasie.mepasie.org/asie-du-nord-est/chine/2018-09-24-accord-chine-vatican-pour-la-premiere-fois-tous-les-eveques-de-chine-sont-en-communion-avec-rome

Reste à voir combien de temps va mettre FSSPX-News à réagir, et surtout comment ils vont arranger ça.


Notez le langage :
"Le cardinal Parolin, de son côté, a confié aux journalistes le 20 septembre que le Vatican est « convaincu que c’est un pas en avant. Nous ne sommes pas naïfs au point de penser que désormais tout va bien se passer, mais il nous semble que nous sommes dans la bonne direction »."
ça ne vous rappelle rien ?


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Mikaël


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Inscrit le: 04 Jan 2017
Messages: 341
Localisation: Genève

MessagePosté le: Mar 25 Sep - 08:37 (2018)    Sujet du message: Le cardinal Zen résiste au Pape Répondre en citant

C'est vraiment un cauchemar absolu pour l'Eglise souterraine . Toute cette résistance au communisme rendue vaine par la trahison de Rome. Pauvres évêques clandestins, pauvres prêtres et séminaristes qui avaient sacrifié leur vie pour l'Eglise Catholique et qui sont désormais abandonnés par Rome. 


Et c'est avec cette Rome pro-communiste que la FSSPX fait ses accords en cachette !! Ecoeurant. 




Voici comment certains s'amusent à voir cette "communion" entre la chine communiste et Rome : 



"Bravo les Lefebvristes !
La pleine communion ne devrait plus tarder !
Puisque les catholique communistes chinois schismatiques l'ont reçue...
Mgr Huang, comme Mgr Fellay, annoncent : "Rome dit que nous sommes catholiques !"


Hum ! A moins que ce soit Rome qui ne soit plus catholique.





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MessagePosté le: Aujourd’hui à 23:40 (2018)    Sujet du message: Le cardinal Zen résiste au Pape

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